Coronavirus : La souveraineté de la commande publique par la relocalisation par Dominique Vienne

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Un exemple de relocalisation industrielle avec les producteurs de rhums ultramarins, qui se sont lancés dans la production de gel hydroalcoolique pour les territoires ultramarins ©AFP 

En cette période de crise sanitaire mondiale liée au Covid-19, Dominique Vienne, président du CESER et du Haut Conseil de la Commande publique de La Réunion, nous livre son point de vue économique, « en particulier, concernant notre souveraineté en matière industrielle ». « Je pense que le « grand vainqueur » de la crise sanitaire devrait être l’émergence d’une souveraineté par plus d’achat local, de circuits courts et d’une économie circulaire », plaide-t-il. 

La catastrophe sanitaire que nous vivons, révèle les nombreuses vulnérabilités  auxquelles nous sommes confrontées, dont celles, en particulier, concernant notre souveraineté en matière industrielle. Elle interpelle, voire plus, notamment dans la fabrication sur notre territoire nationale, d’équipements médicaux, de protection des soignants et des travailleurs, quels qu’ils soient, exposés au virus. Elle interpelle également en matière médicale et pharmaceutique, mais aussi alimentaire.

Aussi, je pense que le « grand vainqueur » de la crise sanitaire devrait être l’émergence d’une souveraineté par plus d’achat local, de circuits courts et d’une économie circulaire. Tant et tant de choses dites hier comme des litanies mais trop rarement mises en œuvre. Leurs consécrations seront dues pour partie à l’acharnement de leurs défenseurs et à notre prise de conscience collective du moment traversé par tous. Mais si enfin, on pouvait entendre leurs sens premiers, non pas en matière de productivités immédiates, mais dans celles des moyens, longs termes, c’est à dire leurs contributions aux biens communs.

En effet,

– Comment ne pas être frappé par la baisse significative de la pollution de l’air (35%) et des émissions de gaz à effet de serre. Cette même pollution de l’air qui tue 7,5 millions de personnes par an dans le monde selon l’OMS.

– Comment ne pas être frappé par le retour des solidarités entre voisins, entre quartiers, pour grouper les achats et éviter les déplacements.

– Comment ne pas être frappé de (re)découvrir nos producteurs locaux et éviter ainsi des dépenses carbones importantes liées aux transports, pour fabriquer et partager des services utiles au quotidien, pour travailler autrement depuis le domicile, etc.

L’effet démultiplicateur

Ces nouveaux comportements augmentent l’effet démultiplicateur de l’euro qui circule sur nos territoires et créent plus de nouvelles richesses partageables, plus de valeur ajoutée pour nos économies locales et in fine pour celles nationale et européenne. Pour nos territoires ultramarins, cela génère ainsi plus de valeur matérielle et immatérielle dont nous avons tant besoin, et nous permet de plus par une économie moins carbonée, de mieux contribuer au respect de notre planète.

En 2017 l’étude REELLE – RElocaliser l’Économie locaLE, réalisée par la DIECCTE et la CPME Réunion avait analysé les potentiels de relocalisation des flux économiques et avait montré qu’il y avait, à la Réunion, presque 5 milliards d’euros annuels potentiels de « fuite économique ». Cette étude ciblait des productions de biens et de services importées alors qu’elles pouvaient être issues du territoire. La capacité à convertir une partie de ces « fuites économiques » en échanges, en activités et en emplois locaux non délocalisables, doit constituer l’enjeu majeur d’une nouvelle dynamique économique, dans un nouveau pacte territorial, que cela soit dans leurs dimensions économique, sociale, environnementale et sociétale pour nos territoires d’outremers.

Pour cela dans ce moment particulier que nous vivons tous, il nous faut oser « Demain », avec l’ensemble de nos forces vives outremers, mener un nouveau dialogue social territorial afin de maximiser les effets démultiplicateurs de l’offre et de la demande locales. Il nous faut favoriser un nouveau développement économique et social plus collaboratif, plus inclusif mais, aussi et surtout, plus résilient pour assurer nos sécurisations alimentaire, sanitaire et énergétique, tout en réduisant nos dépendances aux matières premières, aux productions et services extérieurs.

L’achat local, est sans doute l’un des principes pour lesquels la commande publique et les effets vertueux de la libre concurrence, tempérée, devront réaffirmer leur « cadre de référence » et porter une vraie « Stratégie du Bon Achat Responsable ». Un tel achat est stratégique et responsable pour contribuer aux objectifs d’un nouveau contrat économique, social et écologique, réaffirmant, à la fois, pour ce qui est de la commande publique, l’impérieuse nécessité d’une exigence de maximisation des retombées économiques et sociales pour le territoire, en termes d’emplois locaux et de redistribution de la richesse créée ainsi que d’une plus faible empreinte carbone par l’économie de la fonctionnalité, et la proximité des fabrications de productions de biens et de services notamment. C’est une réponse forte pour retrouver nos souverainetés économiques, alimentaires, sanitaires et technologiques, et pour permettre de décarboner nos activités.

Notre génie collectif montre avec force, depuis très longtemps, nos capacités de résilience en fabriquant sur nos territoires, au-delà de la demande actuelle, au regard de notre situation de territoire ultrapériphérique, des masques, du gel hydroalcoolique, de nouvelles plateformes digitales de services, des meubles à partir de matériaux recyclés, …  mais surtout il nous rappelle nos potentiels pour (re)investir dans les Biens communs.

Quel remède prometteur dans ce terrible moment pour nos économies ultramarines, nationales et européennes, que de dépasser définitivement le débat manichéen sur le respect de la libre concurrence, pour reconnaître à l’acte d’achat public et privé, « sa valeur stratégique et responsable » aux bénéfices de notre planète, de notre Nation, de nos territoires et de nos concitoyens.

La nécessaire relance de nos économies par la commande publique, axée sur l’esprit de coopération, de solidarité, de sobriété et de responsabilité écologique, imposera ce nouveau regard car « On ne résout pas un problème avec les modes de pensées qui l’ont engendré » (Albert Einstein).

Dominique Vienne, Président du Conseil Économique, Social et Environnemental Régional de La Réunion, Président du Haut Conseil de la Commande Publique de La Réunion et Entrepreneur. 

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  1. Lee

    En quelque sorte, vous préconisez ce que nos gramounes (anciens ) ont demandé pendant des décennies: l’autonomie alimentaire. La responsabilisation et les prises de décisions à la Réunion par les Réunionnais pour les Réunionnais. Sauf, tant que perdure le modèle économique copié sur un système néocolonialisme et libérale. La spéculation est le moteur de ce système. L’import domine la production locale et l’export. Les consommateur sont conditionnés pour acheter « les goyaves de Frances ». La Réunion ne pourra pas sortir de son coma économique. Je suis sceptique et pessimiste. Il est presque trop tard…peut-être en changeant de disque dur, de système, de comportement alimentaire en effaçant la monoculture ( canne à sucre) qui focalise toute l’attention des producteurs locaux.

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