Café et climat : La culture du café face aux effets du changement climatique

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La culture du café souffre de plus en plus des effets du réchauffement climatique. Les fermiers, en parcelle ou sous serre, utilisent un matériel génétique très pauvre, de plus en plus mono-spécifique, qui résiste de moins en moins à la hausse des températures. L’urgence est telle que le  réchauffement climatique menace l’arabica à l’état sauvage. Des chercheurs étudient actuellement les possibilités pour maintenir la production de cafés. 

Le café compte environ 80 espèces (Typica, Maragogype, Bourbon, Blue Mountain ou Mundo Novo….) , mais ce sont l’Arabica et le Robusta qui s’imposent. L’arabica – un marché évalué à 16 milliards de dollars – est le plus consommé au monde et pourrait disparaître à l’état sauvage d’ici 2080. Car aujourd’hui, c’est toute la production d’Amérique centrale qui se trouve menacée par la rouille orangée causée par un champignon. Mais la rouille n’est pas la seule menace pour le café. La chaleur a favorisé les attaques dans les zones d’altitude, liée à l’appauvrissement génétique des plantations. A son origine, en Ethiopie, le café sauvage poussait à l’ombre. Dès le 14ème siècle au Yemen, on le remet au soleil, et la moitié du café dans le monde aujourd’hui est cultivée industriellement, en plein soleil, comme au Brésil.

Plantations de café en plein soleil au Brésil ©Getty Images

Plantations de café en plein soleil au Brésil ©Getty Images

L’objectif pour les chercheurs est donc de revenir à des systèmes écologiquement plus durables et de réduire l’impact négatif sur l’environnement, pour les systèmes de culture en plein soleil qui utilisent de fortes quantités d’engrais. Là où souffre le café, l’agroforesterie pourrait lui redonner ses chances. Les chercheurs tentent de limiter la chimie, ne travaillent plus sur les caféiers dits «plein soleil» comme le souhaiterait l’agriculture industrielle. Mais sur l’adaptation des caféiers aux nouvelles conditions climatiques. Ce choix est écologique et social.

 

Au Mexique, là où les plantations sont sous les grands arbres, l’agroforesterie protège contre les températures extrêmes et le climat instable. C’est en tout cas ce que constatent les chercheurs. Et comme les plants sauvages d’arabica possèdent une «formidable diversité génétique» qui pourrait être utilisée pour l’amélioration des arbres dans l’avenir, les chercheurs du CIRAD mettent au point sous serre de nouvelles variétés plus résistantes.

© Dominique Martin-Ferrari

© Dominique Martin-Ferrari

Ils proposent de renouveler le parc caféier vieillissant et sensible avec des variétés résistantes, conseillant «l’utilisation des hybrides». Pour obtenir ces hybrides, et les conditions de l’agroforesterie,  ils croisent sous serre caféiers sauvages et de culture, influent les conditions de chaleur, de lumière, de CO2, d’humidité. Nous avons eu l’occasion de visiter cette serre «d’écophysiologie » baptisée « abiophen», en avant première :chapelle de verre de 50m de long , salles de culture, lumières LED jouant de tous les spectres des rayonnements solaires….

© Valérie Laramée de Tannenberg

© Valérie Laramée de Tannenberg

Plusieurs unités de recherches y travaillent et déjà des résultats voient le jour, sur le riz , le sorgho ou le café . On cherche ce qui permettrait aux plantes qui ont le meilleur potentiel pour résister à des variations fortes du climat, de garder un niveau de production élevé et une qualité supérieure.

Pour l’instant les expérimentations au Mexique ne donnent pas entière satisfaction et une étude publiée en 2016 par un centre de recherche australien a d’ailleurs conclu que la production mondiale de café pourrait chuter de moitié d’ici 2050 en raison des changements climatiques. Qu’importe il faut poursuivre les travaux sur la résistance et l’hybridation, et à tout prix conserver les collections. La France, à la Martinique, en Guyane et à la Réunion en possède qui ont plus de dix ans d’âge et sont précieuses.

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Beaucoup d’essais ont été menés par le CIRAD Outre-mer

En 1720 le Chevalier Gabriel de Clieu réussit les premières transplantations en Martinique. Entretenu et cajolé, ces plants sont à l’origine du fameux Blue Mountain jamaïcain. Mais dans les DOM, en deux siècles, la canne aura raison du café. Seules les collections précieusement conservées par le chercheurs perdurent.

Notamment en Guyane, à Combi-forêt, sur la commune de Sinnamary, où l’agronome Jean-Marc Thévenin aimait dévoiler les collections de cacaoyers et caféiers du Cirad, un verger des baies jaunes ou rouges qui brasillent. «Des caféiers arabica, robusta, devenus arabusta.. Les premiers proviennent des montagnes d’Ethiopie, les seconds du bassin du Congo, les troisièmes sont issus de leur croisement, ils combinent l’arôme des premiers à la vigueur des seconds. » Mais après des récoltes non pas prometteuses mais tout à fait correctes, la filière reste à créer, le café AOC Guyane n’a pu voir le jour; et pourtant c’est de Guyane qu’en 1720 partent des plants qui vont être importés au Brésil et en feront le premier producteur du monde.

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Aujourd’hui La Réunion et Martinique tentent la relance

A la Réunion le café Bourbon Pointu se révèle encore particulièrement amer. Mais qu’importe une espèce de café peut répondre à d’autres demandes. Ainsi Coffea Mauritania appelé aussi café marron pourrait intéresser l’industrie pharmaceutique avec son action anti inflammatoire. Il a en plus la qualité d’être endémique :  » En analysant ce qui, dans le patrimoine génétique de ce caféier endémique, permet de piloter l’adaptation aux conditions locales, on comprend mieux son évolution passée et son potentiel d’adaptation aux changements climatiques en cours »

Dominique Martin Ferrari

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