Agriculture: La banane antillaise dénonce une réglementation du bio à deux vitesses

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Lors d’une conférence de presse ce 5 avril, l’UGPBAN a expliqué sa stratégie pour défendre la banane antillaise face à la concurrence des pays tiers. Au centre des débats, la banane bio. L’organisation a reçu le soutien de nombreuses coopératives agricoles françaises, espagnoles, italiennes et belges.

« Nous demandons que les produits importés des pays-tiers, quelle que soit leur provenance, soient en stricte conformité avec la réglementation européenne. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Nous considérons qu’il s’agit d’une distorsion de concurrence qui pénalise notre production européenne. », souligne Eric de Lucy. Le président de l’UGPBAN précise toutefois qu’il n’attaque pas le secteur de la production biologique. « Notre démarche n’est pas une démarche anti-bio. Notre campagne « mieux  que bio » lors du Salon de l’Agriculture en mars dernier a été mal interprétée par les représentants français de l’agriculture bio. Nous souhaitions surtout attirer l’attention sur les produits importés et estampillés bio par équivalence ».

Selon Eric de Lucy, la notion du bio importée par les producteurs hors Union Européenne est biaisée. « L’Union Européenne autorise les pays tiers dans leurs productions à user des produits phytosanitaires, des matières actives normalement interdites dans l’agriculture conventionnelle en Europe. De plus, 59 certificateurs non indépendants puisque payés par les pays demandeurs de ces certifications ont reçu l’agrément de l’Union Européenne. », poursuit-il.

 

Dans ce combat, la Fédération Française de la Coopération Fruitière, Légumière et Horticole (FELCOOP) ainsi que des coopératives espagnoles, belges et italiennes se sont inscrites comme parties prenantes. Elles demandent que  la réglementation CE n° 834 2007 instituant « ce principe d’équivalence » pour les produits importés et qui fait actuellement l’objet de discussions au niveau européen soit supprimé. « Le dossier que défend notre adhérent, l’UGPBAN est important. La présence de nos amis espagnols, belges et italiens prouvent également que ce problème ne concerne pas seulement la banane mais l’ensemble de l’agriculture européenne » a déclaré Jean-Michel Dellanoy, le président de la FELCOOP. Il a d’ailleurs souligné que « l’action collective des filières est décisive pour faire changer cette réglementation injuste et pénalisante ».

Une banane bio par équivalence qui continue à gagner des parts de marché

« Notre climat  tropical, les réglementations imposées par l’Union Européenne ne nous permettent pas de produire une banane bio en Guadeloupe et en Martinique de manière rentable. Cependant les pays voisins comme l’Equateur, la Colombie ou encore le Costa Rica qui disposent du même climat, mettent sur le marché européen, des banane bio à moins d’un euro le kilo. A titre de comparaison, le prix moyen de notre banane conventionnelle qui respecte scrupuleusement les règles françaises et européennes est à 1,75 euro le kilo. Les producteurs bio par équivalence ont des facilités qui leur permettent de s’étendre davantage sur le marché », poursuit Eric de Lucy.

Des propos que confirme Davide Vernocchi, le porte-parole du secteur des fruits et légumes de la Fédération italienne des coopératives agroalimentaires. « Le secteur bio italien a connu en 2015 une augmentation entre 15% et 20%. A l’inverse, le secteur des produits bio importés a vu sa croissance croître de + de 20% la même année.

L’Allemagne, le Danemark et le Pays-Bas font barrage

Philippe Ruelle, le directeur général de l’UGBAN s’est félicité du soutien des autres producteurs européens .«Il a fallu très vite que ce débat sorte de la problématique banane   pour intégrer l’ensemble des produits biologiques et conventionnels européens ». Une défense des intérêts agricoles qui promet d’être longue en raison de la réticence de certains Etats-membres sur un changement de la réglementation. « La Commission Européenne est favorable à cette révision et à l’ouverture de la conformité mais les choses bloquent notamment au niveau des parlementaires allemands, danois et des Pays-Bas. Ce sont des pays où l’industrie du bio importé est très importante, ils ont peur, avec l’application du principe de conformité, de voir réduire leur approvisionnement », explique Philippe Ruelle.

 

Conséquence, l’agriculture antillaise subit cette concurrence des pays tiers. C’est le cas de la production de tubercules en Martinique (l’igname, la patate douce) qui peine à s’installer dans le marché martiniquais, comme le souligne Louis-Daniel Bertome, le président de la Chambre d’agriculture de Martinique. « Il faut savoir que le Costa Rica déverse une quantité énorme d’ignames, d’ananas et depuis peu, la christophine est concernée aussi. 80% de l’igname consommée en Martinique est  essentiellement de l’igname importée du Costa Rica. La production de l’ananas est très symptomatique de ce que nous vivons aujourd’hui. Il  y a 3 décennies, la Martinique produisait 20 000 tonnes d’ananas, maintenant la production actuelle est de 300 tonnes. Aujourd’hui, nous ne sommes pas capables de suivre la cadence. Il y a également une forte demande de bio chez nos consommateurs. Si nous ne sommes pas capables de répondre à cette demande, il faut que les produits bio qui arrivent de l’extérieur obéissent aux mêmes règles auxquelles sont soumis nos producteurs. », conclut Louis Daniel Bertome.

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