Salon du livre de la Jeunesse : Dany Laferrière nous invite à se plonger dans l’enfance

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Invité lors du salon de la Jeunesse et de la Presse de Montreuil, ce samedi a été le jour d’une rencontre un peu inhabituelle avec Dany Laferrière, habitué à écrire des livres pour les grands. L’auteur est venu présenter ses nouveaux livres pour les enfants avec entre autre l’Odeur du café (Editions de la Bagnole) et participer à une rencontre littéraire sur le thème des  « Souvenirs d’enfance, souvenirs d’ailleurs ». 

Depuis trente ans, Dany Laferrière raconte aux adultes son île natale, Haïti, et met l’exil au cœur de ses romans. Né en 1953 à Port-au-Prince, il s’installe à Montréal, au Québec, en 1976. Depuis son premier roman, Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer, salué par une reconnaissance immédiate, à l’Art presque perdu de ne rien faire (Grasset), en passant par l’Énigme du retour (Grasset, Prix Médicis 2009), Dany Laferrière a construit une œuvre qui lui a valu son élection à l’Académie française en décembre 2013. L’idée d’écrire pour la jeunesse viendra de son éditrice. D’abord réticent, l’auteur se prendra finalement au jeu, en n’écrivant pas un ouvrage… mais trois sur des thèmes précis qu’il a imposé, à savoir la mort, l’amour et la politique. C’est ainsi que naît « L’Odeur du café », qui sera ensuite suivi de trois livres « La Fête des morts », « Le Baiser mauve de Vava » et  « Je suis fou de Vava ».

L'ensemble de l'oeuvre de Dany Lafferière pour la jeunesse (© Marie-Christine Laferrière)

L’ensemble de l’oeuvre de Dany Lafferière pour la jeunesse (© Marie-Christine Ponamale)

Quand Dany Laferrière prend le micro pour évoquer ses souvenirs d’enfance, c’est tout le public venu nombreux, enfants comme adultes, qui écarquille les yeux et écoute complètement envoutés par sa voix remplissant toute la salle. Et couvre le brouhaha du salon.  Envouté est bien le mot, tel un magicien des mots, un vrai conteur qui nous transporte directement dans les Caraïbes là où, comme il explique, la mer n’est pas bleue mais turquoise. Par ses mots, il nous plonge dans nos propres souvenirs et notre propre émotion. Et nous voilà arrivés dans son village de Petit-Goave, à quelques kilomètres de Port au Prince , où nous attend sa famille, sa grand-mère Da qui tient une place capitale dans  les souvenirs de son enfance, mais aussi dans sa vie. Cette grand-mère nous dit-il se confond avec la ville de Petit-Goave. « Elle ne peut pas se dissocier de Petit Goave . Et pour avoir une grand-mère il faut avoir du café neuf pour en offrir à d’autres .Car on doit offrir ce qui est le meilleur aux gens qui passent. Et que font les gens qui passent, ils racontent leurs vies. Et c’est ainsi que j’écoute et que j’apprends mon métier d’écrivain. La grand mère a une importance dans cette vie du SudLa culture orale a une importance grave, une importance capitale . Sans cette culture qui passe de grand- mere en grand-mère et aussi de grand –père. Le geste le plus civilisateur c’est quelqu’un qui offre à quelqu’un d’autre une tasse de café. »

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On se demande alors pourquoi Dany Laferrière a écrit des livres pour enfant. Pour lui l’enfance, c‘est le meilleur de la vie avec les odeurs, les couleurs, sa grand mère et ses tantes, ses foumis et son chien Marquis:  « Je n’ai jamais quitté l’univers de l’enfance. À 62 ans, j’essaye de voir si j’arrive à me souvenir de toutes les maisons de mon enfance. Quand certains essayent de compter des moutons pour s’endormir, moi je j’essaye de me souvenir de toutes les maisons de mon village. C’est la meilleure façon d’être dans le monde. »  L’occasion toute trouvée pour le questionner son rapport au monde à travers son regard sur l’actualité. Il souhaiterait qu’on envoie un correspondant dans une petite ville d’Haïti et on verrait qu’elle ne diffère pas d’une petite ville du Canada ou d’Europe, où les gens vivent de mythologies et d’histoires construits par l’enfance. » C‘est ainsi qu’on construit le monde, d’où l’importance des écrivains . C’est ce que je fais, de ramener le doute non pas des conclusions et des réponses mais juste de voir comment les humains vivent et comment ils aimeraient vivre aussi. Et si on retourne dans l’enfance on choisirait une autre vie », ajoute -t-il. Et là on comprend ainsi pourquoi il a écrit ses livres. «  La vie est plus merveilleuse que les contes et que toutes les histoires du monde. Ecrire rend universel ce qui est personnel. Chaque fois qu’on parle d’Haiti, c‘est pour la misère, les cyclones ou autre. Je voulais pour une fois que les gens soient jaloux de ma grand-mère. Cela m‘a permis de donner de la dignité à ma grand mère. » 

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Et si Dany Laferriere  venait de nous avouer qu’il n’était au fond qu’un grand enfant. Tous les enfants peuvent retrouver un petit bout de son enfance avec la trilogie jeunesse écrite par l’écrivain. Peut-être encore plus les enfants des outre-mer avec les paysages, la végétation luxuriante et colorée, les nombreux flamboyants, les sons et certaines traditions créoles. Pour les grands, c’est aussi un livre magique pour ceux qui souhaiteraient retrouver le café de leur grand-mère ou tout simplement trouver une clé de notre cabane d’enfance : un simple moment  de bonheur.

Marie-Christine Ponamalé

 

 

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