Mana: « Je me suis beaucoup inspiré ici et je sais qu’à Tahiti on va bien rigoler »

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©T. Faatau / Outremers360

En tournée à Paris, le jeune humoriste polynésien Mana est rentré à Tahiti ce jeudi 29 septembre. Mercredi, il nous accordait une interview bilan de son séjour dans la Capitale. L’occasion de faire un point sur son expérience parisienne et de nous parler de ses projets futurs. Rencontre.

Le ciel est dégagé ce mercredi après-midi à Paris. Nous retrouvons le jeune humoriste polynésien Mana dans un café près de Beaubourg et du Centre Georges Pompidou. Pendant une semaine, il a arpenté quelques scènes parisiennes pour se faire les dents, pour prospecter et surtout, découvrir la ville de Paris, lui qui n’avait jamais voyagé avant. Mana est originaire de la Presqu’île de Tahiti, autant dire que le choc est conséquent. Mais lui qui a remporté la finale du Tahiti Comedy Club en mars dernier, prend la chose avec beaucoup de recul. Il n’est pas impressionné, un poil surpris peut-être, et enchaîne les découvertes avec légèreté et nonchalance.

A Paris, le jeune humoriste a rencontré plusieurs publics. D’abord aux Mureaux, puis au fameux Théâtre Trévise dans le 9ème arrondissement. L’exercice était pour le moins périlleux: conquérir les spectateurs en 5 min et se faire remarquer parmi une dizaine d’autres artistes. Il a également rencontré les jeunes polynésiens déjà installés à Paris, lors d’une représentation intime à la Délégation de la Polynésie française, et accompagné par sa coach haute en couleurs, Léonore Canéri. Mana a terminé sa tournée parisienne par un passage remarqué à l’Art Café, aux environs de la Place de la Bastille. Ce soir là, il a partagé une petite scène avec trois autres humoristes canadiens et français.

©T. Faatau / Outremers360

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Première question, simple: comment s’est passé ton séjour à Paris ?

C’était une vraie découverte pour moi. Ma première impression, c’est de dire que c’était cool, et puis je suis tombé dans un bon quartier: la Goutte d’Or. Je m’y sentais bien. C’est la première fois que je viens ici et mon séjour s’est vraiment bien passé.

Avant de partir, avais-tu des a priori sur Paris et les Parisiens ?

J’ai souvent entendu dire que Paris sans les Parisiens serait belle. Et on dit aussi qu’on n’est jamais mieux informé que par soi-même. Sur le coup, j’ai pu voir que ce n’est pas que le Parisien est méchant, c’est qu’il est un peu « speed » et moi je viens d’un pays où la vie est plus cool, plus tranquille. Mais selon moi, les meilleurs sont ceux qui viennent d’ailleurs. Je parle des arabes, des noirs,… Les Parisiens sont peut-être limite impolis…

Disons brut de décoffrage…

Oui c’est ça. Ils ne se retiennent pas, quand ils veulent balancer quelque chose, ils y vont.

Comment ça s’est passé avec le public que tu as rencontré ?

J’ai eu droit à deux publics différents. Le public parisien et le public de banlieue. Aux Mureaux, j’ai senti une grande différence et personnellement j’ai préféré ce public là, c’était plus cool. Le public de Paris est averti, il sait à quel moment il faut rire,…

C’est un public exigeant ?

C’est un public exigeant ! Il y a des thèmes qu’il ne faut pas trop aborder et moi j’y suis allé cash ! Ca n’a pas plu à certains je pense, mais c’est ça aussi l’humour et le stand up, c’est de dire ce que tu penses.

Au final, tu as dû adapter un peu ton humour ?

Oui j’ai dû le faire et c’est même ce qu’on m’a un peu reproché à la fin. J’avais trop pensé faire « à la française ». Alors que si j’étais allé avec une petite touche locale, peut être que ça aurait d’avantage marché. Après je ne sais pas car c’est un nouvel humour auquel le public ici n’est pas habitué. Et j’ai trop voulu faire « à la française », c’est passé mais pas comme moi j’aurais voulu… Mais le public parisien est génial, averti et exigeant, mais génial.

Et comment as-tu fais pour intéresser le public ? Tu as parlé de la culture polynésienne ou sur le choc d’un Tahitien qui débarque à Paris ?

J’avoue qu’au début je pensais parler de la culture. Mais je me suis dit que le public allait se perdre. Et j’ai rebondi sur le thème du Tahitien à Paris. Ses découvertes, ses chocs,… Et c’est ce qui a plu aussi à l’Art Café de Bastille. J’y suis allé à l’impro, j’avais la trame, ça ne se voyait pas trop que j’avais écrit et j’envoyais des vannes sur ce que j’avais vu.

Est-ce que tu souhaiterais revenir ici ?

Éventuellement, s’il y a des possibilités de revenir sur Paris faire de la scène ce serait bien mais personnellement, je me concentre sur Tahiti. Ca sera un peu difficile de revenir ici, il y aura des économies à faire, un budget à prévoir. Là c’était un cadeau, on m’a tout offert et s’il faut que je revienne, ce sera de ma poche. Mais sinon, pour les scènes, j’en ai trouvé des sympas qui m’ont dit de ne pas hésiter si toutefois je voulais revenir. Ca veut dire que ça leur a plu. Surtout hier (mardi soir dans un bar du quartier de la Bastille, ndlr), j’ai beaucoup aimé l’ambiance ! C’était dans un petit bar à stand up, dans la cave du bar, avec maximum une quarantaine de personnes et la scène était bien remplie avec un public génial ! Il y avait l’essence pour continuer.

Et au niveau des autres artistes qui ont partagé ces scènes avec toi, comment les as-tu trouvé ?

Par rapport à la scène ouverte du Fieald (dimanche soir dernier au théâtre Trévise, ndlr), j’ai eu la chance de pouvoir rencontrer deux professionnels qui sortent du Jamel Comedy Club et qui étaient parrains de la soirée: Dedo et Yacine. Et j’ai eu la chance de pouvoir échanger, ils ont vu ma prestation et m’ont conseillé, m’ont donné de bons tuyaux pour évoluer. Les autres artistes étaient géniaux aussi. Ils étaient tous de France.

Comment gères-tu chaque entrée sur scène ?

Ben déjà il faut gérer le stress et il y a des exercices pour gérer ce stress. Puis quand je montais sur scène, je fixais juste un point car si je commençais à regarder le public j’allais me perdre… J’essayais donc de rester concentré sur ce point.

Lors de son séjour, Mana a rencontré d'autres jeunes polynésiens installés à Paris ©T. Faatau / Outremers360

Lors de son séjour, Mana a rencontré d’autres jeunes polynésiens installés à Paris ©T. Faatau / Outremers360

Il y a des choses qui t’ont surpris ici ?

Oui et qui m’ont fait rire. A un moment dans le métro, un sans domicile rentre et fait son speech, ça m’a plutôt fait sourire… C’est pas à Tahiti qu’on les verra faire leur speech… Mais ce qui m’a vraiment choqué et surpris, ce sont les quartiers. Dans tel quartier il n’y a que des riches, tel quartier que des moins riches… Les quartiers sont bien hermétiques et c’est flagrant ! Tu fais à peine 10 minutes de bus que tu vois déjà la différence.

Si tu devais résumer en un mot, une phrase la différence entre Paris et Tahiti ?

Je ne vais pas parler du côté paradisiaque parce que visuellement parlant Paris c’est beau ! Tahiti c’est aussi beau. Je pencherais plus pour les gens. Les Parisiens m’ont… wow ! Limite quand tu mords un peu la ligne en voiture, ton rétro il part. Un mec qui avait à peine bouffé la ligne, un scooter est passé et bam ! Il a pété le rétro sans s’arrêter. Et il parait que c’est courant parce que maintenant la priorité est aux engins, enfin c’est ce qu’un chauffeur Uber me disait. Il y a une vraie différence avec la personnalité des gens.

Et c’est devenu une source d’inspiration les Parisiens ?

Ah oui c’est une bonne source d’inspiration ! Je pense que je vais parler de Paris. Et je serai plus à l’aise, j’aurai pas besoin de chercher mes mots,… Là je serai devant mon public et ils me comprendront. Je me suis vraiment beaucoup inspiré ici et je sais qu’à Tahiti on va bien rigoler… J’agresserai pas le Parisien mais il y aura de la vanne et ça va plaire aux Tahitiens. Parce que bon, faut dire le Tahitien il a cette petite dent quoi (rires) !

Quels sont justement les projets à venir en Polynésie ?

L’emploi du temps va être chargé ! Je vais déjà animer le Salon du Livre, ensuite j’ai une tournée en novembre avec une troupe. En octobre je finis ma tournée avec ma troupe actuelle, le Tahiti Comedy Club. Et on a aussi un projet de mini-série polynésienne sur le net, avec les potes de la troupe. Moi j’aurai la charge d’écrire et c’est un plaisir pour moi d’écrire. J’ai toujours aimé l’expression écrite, même si des fois ça ne veut rien dire, j’écris, j’écris, j’écris et voila. En fait on hésite entre la télévision et le web mais je pense qu’on optera plus pour la web série. C’est plus de rapidité et plus de liberté.

Tu as quelques références, quelques guides dans le milieu de l’humour et de la scène ?

Oui, j’aime beaucoup Jamel pour sa gestuelle, sa prestance sur scène. Et pour mes textes, j’aime bien Olivier de Benoist. Je sais pas si tu vois Olivier de Benoist, c’est le mec qui clash tout le temps les femmes… Il a été connu dans « On ne demande qu’à en rire » avec Laurent Ruquier et j’aime son écriture. Donc niveau écriture je m’inspire d’Olivier de Benoist, de Gad Elmaleh et niveau gestuel c’est Jamel.

Il s’est passé beaucoup de choses graves à Paris, à Nice. Des drames qui ont remis en question beaucoup de choses, dont l’humour. Est-ce qu’on peut encore rire de tout ou est-ce qu’il y a des limites aujourd’hui ? C’est une question qu’on entend assez souvent.

Ca dépend de comment l’humoriste va présenter son truc. Il y a des humoristes qui y vont et d’autres, qui parlent de sujets graves mais qui arrivent vraiment à humaniser la chose. Le public se sent plus touché émotionnellement que choqué. Il se dit « ah ouais il a raison le mec » et ça fini en fou rire. Mais personnellement, je pense qu’on est libre de dire ce qu’on pense, on a la liberté d’expression mais c’est pas pour autant une excuse. Tout réside dans la façon dont tu le dis, dans les images que tu donnes.

Pour le public ultramarin, qui ne te connait pas beaucoup, peux-tu nous raconter ton parcours ?

A la base, je suis commis de cuisine intérimaire. C’est venu comme ça: j’ai posté une vidéo sur Facebook, un pote l’a remarquée et il m’a parlé du casting du Tahiti Comedy Club. Sur le coup, je suis allé comme ça, pour le fun. J’ai réussis le casting, j’ai fait la soirée et ensuite j’ai gagné la finale, j’étais sur un nuage. Et je me suis dit qu’il y avait peut être un avenir là-dedans, que peut être je pourrais en faire un métier. Et plus la date pour Paris approchait, plus je me disais que finalement, c’est plus pour le fun. Ca peut marcher mais ça reste un public étranger et je me suis dis que ça allait être difficile de conquérir un public qui ne connait pas vraiment la culture en fait. Et je me suis dit, allons pour le fun et on verra après.

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