Journées nationales de l’Archéologie: André Delpuech, «l’Archéologie en Outre-mer fait ressurgir des mémoires enfouies »

No Comment

Fouille archéologique à Saint-François du cimetière colonial de la plage des Raisins clairs, en juillet 2014(© Jérôme Rouquet, Inrap)

A l’occasion des Journées nationales de l’Archéologie, une conférence intitulée « Mémoire des outre-mer : des amérindiens aux rescapés de Tromelin » s’est tenue au Ministère des Outre-mer. L’occasion de faire le point sur les connaissances révélées par cette discipline en Outre-mer.

L’archéologie des Outre-mer a connu ces dernières années un développement important. En étudiant la culture matérielle, l’archéologie a contribué de façon décisive aux recherches sur les premières populations ou sur la période coloniale des territoires ultramarins.
En effet, il faut attendre 1992 aux Antilles-Guyane pour voir la création d’un service archéologique dans ces territoires. « L’histoire des peuples aux Antilles et en Guyane à longtemps été méconnue. Grâce à l’archéologie, on fait parler cette histoire muette: celle d’avant la colonisation et celle des colonisés », indique André Delpuech, conservateur général du patrimoine et directeur du Musée de l’Homme et spécialiste de l’archéologie amérindienne.

A La Réunion, elle est encore plus récente et voit le jour en 2010. « C’est le passage du cyclone Gamède en 2007 qui révélera le cimetière marin d’anciens esclaves de Saint-Paul, accéléra la création d’un pôle archéologique dans l’Océan Indien. Pendant longtemps, l’archéologie coloniale n’a pas intéressé les chercheurs. On a exploré la lune avant notre passé colonial ! » souligne Edouard Jacquot, conservateur en chef du patrimoine au ministère de la Culture, Drac Ile de France (l’archéologie dans l’Océan Indien).


« Donner une image juste »

Les fouilles archéologiques ont permis de déconstruire toute une série de préjugés et d’idées reçues, comme le souligne André Delpuech. « Nous avons longtemps eu une vision déformée des populations caribéennes et amazoniennes qui ont été anéantie par la conquête. Les populations ont mis au point une agriculture très développée, ont domestiqué la forêt tropicale avec des champs surélevés, des canaux, commerçaient et échangeaient à l’échelle des caraïbes, ils n’étaient pas isolés sur leur île. Nous sommes loin du méchant homme Caraïbe cannibale, ou des images de peuples autochtones vivant reclus dans des huttes sommaires ». ajoute-t-il.  « L’archéologie permet de donner une image plus juste et de reconstituer les modes de vie d’anciens peuplements », poursuit André Delpuech.

« Une ressource fragile » qu’il faut protéger

Une fois ce passé mis en lumière par l’archéologie, reste désormais la question de la conservation et de la préservation de ces sites historiques. « La patrimoine est une ressource finie. C’est le rôle de l’archéologue d’alerter les pouvoirs publics et la population sur le bien-fondé de la préservation de ces sites. Ce sont les ancêtres qui ont laissé des traces dans le sol, il faut les étudier mais aussi les protéger, les respecter et les laisser pour les générations futures ».
Pour Edouard Jacquot, il est nécessaire de sensibiliser les jeunes générations sur ces sujets. « La toute première de nos missions doit être la transmission. Dans l’océan indien, les enjeux éducatifs et citoyens autour de l’archéologie sont primordiaux ».
« L’archéologie n’a de sens que si elle est partagée, surtout avec les plus jeunes », a conclu Dominique Garcia, président de l’Inrap.

Le ministère des Outre-mer a accueilli pour la première fois et en partenariat avec l’Inrap, un « village de l’archéologie » dédié à l’archéologie ultra-marine avec une exposition photos sur l’archéologie dans les 12 départements et régions d’Outre-mer, une exposition-dossier  « Tromelin, l’île des esclaves oubliés » et une diffusion de reportages vidéos viennent enrichir ce « village ».

Lire aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publié. Les champs obligatoires sont précisés (obligatoire)

Pas de commentaires pour le moment