[Journées Européennes du Patrimoine] : La statue A’A joue les prolongations au Quai Branly

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Sculpture divine parmi les plus connues de Polynésie, la statue A’A sera la principale protagoniste d’une projection, ce jeudi 26 septembre à 18h, au Musée du Quai Branly. Porte-étendard de tous les mystères et incompréhensions culturelles des Européens sur le monde polynésien, bien des secrets demeurent encore dans cette statue, aujourd’hui propriété du British Museum. 

« A’A, La Joconde de la Polynésie », tel est le titre du documentaire de Cécile Baquey-Moreno qui sera projeté dans la salle de cinéma du Musée du Quai Branly, ce jeudi 26 septembre à 18h.

« Rurutu, Raiatea, Tahiti, les îles de la Polynésie française ont vu naître de nombreuses œuvres d’art. La plus célèbre et sans doute la plus mystérieuse est la statue du Dieu A’A. Elle a traversé les océans, les siècles pour être exposée dans les musées du monde entier. Sa force et son originalité ont ébloui les grands maîtres de l’art contemporain. Pablo Picasso et Henry Moore ont eu un tel coup de foudre pour cette statue, qu’ils en ont acquis chacun une copie. Objet d’inspiration pour les artistes d’aujourd’hui, A’A est bien plus qu’une œuvre d’art. Cette statue raconte une partie de l’histoire de la Polynésie marquée par la présence des missionnaires britanniques et la conversion au christianisme.Le dieu A’A abrite tout un monde. Un monde d’histoires, de croyances, d’imaginaire. Un monde de rencontres et de liens tissés au fil des siècles. Ce film dévoile les secrets de cette œuvre puissante, surnommée La Joconde de la Polynésie ».

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Faite de bois de santal, la statue A’A mesure 117 cm. Elle est creuse et présente un panneau arrière amovible permettant un accès à l’intérieur. Les bras de la sculpture sont sculptés en haut relief ; ses jambes sont séparées et légèrement pliées et elle ne possède pas de pieds. Le bas des jambes, la fesse droite et le bras gauche de la sculpture sont endommagés et le pénis a été complètement cassé. Les autres dommages pourraient être le résultat d’une détérioration au fil du temps, mais la coupure du pénis de la figure semble avoir été délibérée, bien que l’on ne sache pas s’il s’agit de missionnaires britanniques ou de convertis polynésiens.

Trente figures plus petites sont gravées à la surface de la statue. Beaucoup d’entre elles sont positionnés pour marquer des caractéristiques du corps humain : les yeux, le nez et la bouche. Néanmoins, certaines ne correspondent manifestement à aucune caractéristique humaine. Les figures sont sculptées dans deux styles distincts : 16 des personnages sont debout, les bras au-dessus du torse, tandis que 14 sont allongés, les bras et les jambes tendus. Ces deux styles sont éventuellement destinés à représenter respectivement les formes masculine et féminine.

©Cécile Baquey-Moreno

©Cécile Baquey-Moreno

C’est en 1821 que la statue aurait quitté son île natale, Rurutu (Archipel des Australes). À l’époque, les épidémies apportées par les Européens déciment la population passée de 2 000 à quelques centaines d’habitants. « Une trentaine de personnes de Rurutu (dont un nommé Au’ura) ont donc décidé d’embarquer la statue du Dieu A’A pour l’emmener à Raiatea, siège de la London Missionary society, afin de prouver leur allégeance au christianisme », raconte Julie Adams, conservatrice de la collection Océanie du British Museum. C’est à ce moment-là que le pénis de la statue aurait été coupé. En 1821, la statue devient alors propriété de la London Missionary Society (LMS) et est envoyée à Londres pour être exposée au Musée de la LMS puis au British Museum. Selon une datation au radiocarbone réalisée en 2015, la statue aurait été sculptée entre 1591 et 1647.

L’un des nombreux récits racontés autour de cette statue reflète les incompréhensions et malentendus culturels lors des premiers contacts entre Polynésiens et Européens. En effet, alors que les tout premiers missionnaires arrivent à Rurutu, ces derniers pensent se trouver en face d’une population peu ordinaire. Et pour cause : la statue possède alors dans sa cavité trois statuette : le père, le fils et le Saint-Esprit. Comment alors, une population insulaire n’ayant eu jusqu’ici aucun contact avec d’autres missionnaires, et donc pas encore évangélisée, aurait pu connaître l’existence de la Trinité ? Pour les missionnaires, l’explication est simple : les habitants de Rurutu sont les êtres vivants les plus proches du divin.

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Pourtant, la présence des trois statuettes s’expliquerait du fait qu’un habitant de l’île ayant navigué jusqu’à Raiatea, déjà évangélisée, aurait tout simplement constaté l’arrivée du christianisme dans les îles voisines avant son arrivée aux Australes. De retour à Rurutu, il partage ses constats et c’est alors que s’opère un véritable syncrétisme culturel : les habitants de l’île absorbent la nouvelle religion, et se l’approprie à travers le prisme de leurs croyances. Bien d’autres mystères demeurent en A’A. En 2016, Julie Adams découvre une minuscule plume d’oiseau rouge dans sa cavité. « A l’époque, les plumes étaient utilisées pour les parures des chefs ainsi que pour des objets à caractère divins. Il s’agit donc d’une preuve supplémentaire du caractère sacré de cet objet », explique-t-elle.

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