Heiva i Tahiti : Le festival culturel polynésien explore le « côté obscur de l’identité polynésienne »

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©Facebook / La Maison de la Culture de Tahiti

Viols, meurtres, enlèvements : le Heiva i Tahiti, grand rendez-vous culturel de juillet en Polynésie, explore le « côté obscur de l’identité polynésienne » a expliqué Yann Paa, auteur du spectacle de Hei Tahiti, l’une des plus prestigieuses troupes de danse locales.

Plusieurs milliers de Polynésiens participent chaque année au Heiva i Tahiti, tout au long du mois de juillet. Un festival à la fois sportif, artisanal, et culturel, dont le temps fort est le concours de chants et danses, place To’ata, sur le front de mer de Papeete. Dans les coulisses, la chorégraphe et cheffe de la troupe Hei Tahiti, Tiare Trompette, harangue ses danseurs : « vous avez une heure, rien que pour vous, faites-vous plaisir ! ». Dans des effluves de monoï et de coco râpé, les danseuses, seins nus, ne sont couvertes que de larges feuilles. Une mama va de l’une à l’autre, aspergeant lesvégétaux pour les rendre plus luisants.

Les danseurs ajustent leurs costumes, les musiciens portent leurs pahu, leurs fa’atete et leurs to’ere, les instruments à percussions typiques de Polynésie. Mais à l’appel de leur chef de troupe, tous se figent. « Je l’admire parce qu’elle prend beaucoup de risques, sur ses chorégraphies commesur son thème : elle ose », confie Emehe Dezerville, belle-fille de Tiare Trompette, danseuse dans sa troupe et récemment élue 1ère dauphine de Miss Tahiti 2018. Les 180 danseurs de Hei Tahiti content cette année l’histoire d’une jeune reine, Hinarere, enlevée et violée par un guerrier. Le viol est simulé sur scène par les danseurs, qui se battent ensuite à mort. Mais cette violence n’est pas gratuite : selon la légende, certaines îles polynésiennes, comme Huahine (qui signifie « sexe de femme »), sont issues d’un viol.

« Derrière cette histoire de viol, il y a des messages de respect : de la terre, de son prochain et de soi-même », tempère Yann Paa. Avec son gigantesque piédestal, ses imposants costumes végétaux et une chorégraphiepresque frénétique, Hei Tahiti casse les codes du traditionnel Heiva : ses danseurs se mêlent aux musiciens ou montent dans les gradins, parmi le public. Mais elle n’a pas l’apanage de la violence : le même soir, une troupe moins connue, Fare ihi no Huahine, mettait aussi en scène un viol et des meurtres de manière très crue, là aussi pour illustrer une légende sur la création de leur île, Huahine.

Loin du mythe angélique véhiculé par les navigateurs, les romanciers, les peintres et plus récemment Disney, le Heiva i Tahiti revient aux légendes des temps anciens et ne veut plus les édulcorer. Cette année, la plupart des grandes troupes referont leur apparition sur la scène de To’ata aux côtés de Hei Tahiti, comme O Tahiti E de Marguerite Laï ou Te Maeva de Coco Hotahota. Durant le Heiva i Tahiti, les troupes de danses et de chants sont en compétition sur plusieurs prix : meilleurs danseur et danseuse, meilleure troupe, meilleurs costumes ou encore, meilleur orchestre. Le Heiva i Tahiti célèbre également les sports traditionnels (Tu’aro Ma’ohi), comme le va’a (pirogue), le porté de fruits ou le patia fa (javelot polynésien), mais aussi l’artisanat.

Avec AFP.

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