Disparition : La clameur du penseur-musicien martiniquais Jacques Coursil s’est éteinte

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Génial musicien, compositeur, enseignant-chercheur, essayiste, spécialiste des littératures caribéennes, ami d’Édouard Glissant, le Martiniquais Jacques Coursil s’est éteint à l’âge de 82 ans. Le monde de la culture ultramarine perd une de ses grandes figures, cependant encore trop méconnues du grand public. Portrait et hommage.

Aujourd’hui, le monde de la culture ultramarine est en deuil. Jacques Coursil qui se complaisait à écouter le « bruit du monde », n’est plus. Sa clameur s’est éteinte dans la nuit en ce vendredi 26 juin 2020 des suites d’une longue maladie, comme il est coutume de dire maintenant. Il avait 82 ans. Sa santé était depuis quelque temps déclinante et il n’apparaissait quasiment plus en public. Il avait donné son dernier concert au théâtre Berthelot, à Paris en 2018. Son souffle puissant qu’il puisait à travers sa trompette, son instrument de prédilection, ne lui permettra plus de « prendre de l’air », comme il aimait à dire.

Né en 1938 à Paris de parents martiniquais, communistes et anticolonialistes, le jeune Jacques Coursil, poussé par sa mère chanteuse, entrouvre les portes du conservatoire et se prend de passion pour la trompette qui deviendra son instrument de compagnie.

Au début des années 60, il part en Afrique de l’Ouest où il rencontre de nombreux intellectuels antillais attirés comme lui par l’esprit de décolonisation qui y règne. Il séjourne alors à Dakar. Mais l’appel de la musique est la plus forte. En 1965, après la mort de MalcomX, il décide de rejoindre l’Amérique, le berceau du jazz. Cette musique résonne en lui, mais il est aussi désireux de prendre part aux luttes d’émancipation et en faveur des droits civiques des Noirs américains. Pour lui, en dépit de la ségrégation et de la condition des Noirs dans ce pays, c’est là que ça se passe. Il y restera dix ans.

Ami d’Édouard Glissant

Pendant ces années new-yorkaises, il rencontre le poète et auteur martiniquais Edouard Glissant qui deviendra son ami. En 2017 d’ailleurs, 6 ans après la mort de ce dernier, on lui attribuera le Prix et la bourse Edouard Glissant qui récompensent son oratorio composé avec des vers de son ami.

Sa passion pour la musique et le jazz en particulier dont il dit qu’il l’a « formaté », l’amènera à travailler avec les plus grands noms du moment : de Murray Robinson, en passant par Marion Brown ou encore Rashied Ali… De cette époque (1969), il en sortira les albums Way Head et Black Suite.

Son retour à Paris coïncidera avec ses envies littéraires. Il décide alors de reprendre des études universitaires ponctuées par deux thèses, l’une en Lettres sur la théorie des actes du langage en 1977 et plus tard en 1992 en Sciences (Informatique et linguistique théorique). Deux thèses dans des disciplines a priori antinomiques comme pour faire la liaison et la paix entre le pragmatisme et cet esprit littéraire et artistique avec lesquels il ne cesse de jongler.

Retour aux sources

Entre ces deux thèses, il décide de faire son aliyah – son retour aux sources – et partira enseigner à l’Université des Antilles-Guyane, l’ex UAG. Mais mu par cet irrépressible besoin « d’entendre le bruit du monde », il ira transmettre son savoir aux très réputées universités de Cornell et d’Irvine en Californie, faisant découvrir au passage les grandes figures littéraires caribéennes (Césaire, Fanon, Glissant…) et commettant en même temps un ouvrage de référence « la fonction muette du langage », un essai de linguistique générale contemporaine en 2000 aux éditions Ibis rouge.

Mais la musique n’est jamais très loin. En 2005, il réalise son come-back musical en enregistrant « Minimal Brass ». Un opus bien accueilli par la critique enthousiasmée par cette singularité et ce côté audacieux. Il récidive deux ans plus tard (2007) cette fois-ci avec « Clameurs » chez Universal, un album où il concilie ses deux passions, musique et poésie. Un autre album « Trails of Tears » toujours chez Universal, suivra en 2010. Ce sera son dernier.

Depuis hier – 26 juin 2020 – sa trompette « son sentier de larmes » dans laquelle il respirait, ne résonnera plus. Mais son souffle et son esprit planeront encore longtemps dans le monde de la culture ultramarine.

Lire l’hommage à Jacques Coursil de l’Institut du Tout-Monde

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