Découverte en Images : La Guyane, entre fleuve et rencontre bushinenguée

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©Carla Bernhardt

En partenariat avec le site 1idée.net, Outremers360 vous propose un voyage découverte en image au cœur de la Guyane, sur les rives du Maroni, de Saint-Laurent à Apatou, où la photographe et narratrice Carla Bernhardt a fait une rencontre avec les Bushinengués…

A 258km de Cayenne, au cœur de l’Amazonie française, à quelques brasses du Suriname, Saint-Laurent du Maroni s’étale en apparence paisiblement sur les rives du fleuve. Un kaléidoscope ethnique, de cultures, de couleurs et de traditions teinte la ville d’une saveur particulière et saisissante. Une ville marquée par l’histoire du bagne, une ville qui aujourd’hui est rythmée par la vie du fleuve, un fleuve qui ne dort jamais… Depuis des dizaines de décennies, les Bushinengués, héritiers des Noirs marrons ayant fui les plantations esclavagistes, vivent de part et d’autre du Maroni. Le fleuve n’a jamais été une frontière pour eux.

Qui sont les Bushinengués

C’est ainsi que l’on désignait, non pour leur couleur mais à cause du mot espagnol cimarron (fugitif), les esclaves noirs qui s’échappaient des plantations. Dès la fin du XVIIe siècle, le marronnage prit une grande ampleur au Suriname et ce mouvement s’est poursuivi pendant deux siècles. Les marrons trouvaient refuge dans des lieux inaccessibles, dans les profondeurs de la forêt ou dans les hauteurs. Ainsi protégés, ils purent préserver leurs coutumes et leurs rites ancestraux venus d’Afrique. Le terme Bushinenge veut dire les hommes de la forêt. Les Bushinengués sont donc les peuples descendants des esclaves emmenés au Suriname pour travailler dans les plantations.

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La Guyane m’effrayait certainement un peu, un vaste territoire recouvert d’une dense forêt, seuls quelques fleuves pour rejoindre les régions les plus isolées… l’image de cette terre hostile avec des bêtes peu accueillantes était légèrement ancrée dans mon imaginaire, mais quelque chose d’intriguant se dessinait petit à petit…

Je découvre lors de ce voyage une terre façonnée par l’histoire d’une part, un métissage culturel et ethnique d’autre part, et cette extraordinaire capacité pour tous de conserver leurs particularités, de faire briller les richesses de leur culture, de partager et transmettre, de rencontrer l’autre tout en restant fidèle à leurs traditions et modes de vie.

Saint-Laurent du Maroni… 

Le nom de cette ville du fleuve est teintée d’une douce poésie, des images d’un voyage hors du temps viennent nourrir mon imaginaire, et cette notion de vie sur lefleuve me semble inconnue et attise ma curiosité. J’aime particulièrement imaginer à quoi peut ressembler un quotidien ailleurs, loin de mes habitudes, là où le temps s’écoule à une autre allure… A Saint-Laurent j’ai voyagé, dans l’histoire, dans le temps, en Amérique du sud, en Afrique, en Asie, j’ai perdu mes repères et touché du doigt ce qui me fait vibrer quand je pars découvrir une nouvelle contrée. Très vite je ne comprends plus la langue parlée. La langue officielle en Guyane est le français, mais ce n’est qu’un détail, le créole guyanais ne me semble pas si éloigné, et je découvre rapidement le Taki-Taki (mélange de hollandais, anglais et portugais), cette langue commune parlée en Guyane, au Suriname, par les Bushinengués et les Amérindiens aussi.

Saint-Laurent est rythmée par la vie du Maroni, des échanges et trafics en tous genres avec le Suriname ont lieu, quelques minutes suffisent pour rejoindre Albina en pirogue. Les Guyanais traversent le fleuve pour trouver une marchandise différente et bon marché, les Surinamais viennent alpaguer la population sur les berges du port piroguier de la Glacière, pour faire quelques traversées supplémentaires.

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Le quartier de la Charbonnière grouille de monde, de pirogues, de brouettes à toute heure. Ce quartier qui date d’une trentaine d’année avait pour vocation de reloger les populations vivant dans des conditions insalubres sur les bords du fleuve. Les maisons en bois ont une forme triangulaire, des toits en pente qui frôlent le sol et qui font référence à l’habitat traditionnel Bushinengué de la forêt.

« Je passerai des heures ici, à observer le va et vient des pirogues, la lumière qui modifie la teinte de l’eau, le flottement de ces fines et délicates embarcations en bois. Elles semblent danser sur l’eau, se rapprocher ou s’aligner, leurs motifs précis et colorés racontent leurs histoires… me voilà perdue dans cette quête graphique et sensible, au son du taki-taki de cette fourmilière humaine qui grouille à cette heure matinale… »

Le Maroni

Long de 611 km entre la Guyane et le Suriname, le Maroni s’étend de l’océan Atlantique au cœur de la forêt amazonienne. Goûter aux multiples saveurs de Saint-Laurent passe aussi par une escapade en pirogue sur le fleuve en longeant les villages Bushinen gués et Amérindiens. Ici le quotidien n’a plus les mêmes couleurs, les habitations en bois sont nichées dans la végétation, le fleuve est primordial dans le quotidien des habitants ici. On y pêche, on y circule, mais on y lave aussi sa vaisselle et son linge, on y joue, on s’y baigne ou on y lave un scooter… ce voyage au fil de l’eau commence par une halte à Albina, les pirogues se croisent, se doublent, accostent, se chargent et se déchargent dans un incessant mouvement qui rythme la vie du fleuve… mais très vite le calme de l’eau transporte, la vie quotidienne, les habitudes si éloignées des nôtres défilent sous nos yeux, la prise de conscience de cette vie plus rude mais si proche des éléments accompagnent le voyage…

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La pirogue est le principal moyen de transport et celles-ci sont fabriquées selon les méthodes ancestrales dans les ateliers le long du fleuve. Les enfants sont sollicités pendant les vacances, leurs ainés les initient aux techniques traditionnelles et transmettre leurs savoir-faire. Dans cet atelier à ciel ouvert nous avons la chance de voir plusieurs pirogues à différentes étapes de leur fabrication. Les techniques n’ont pas changé, les outils modernes côtoient les outils traditionnels, les jeunes s’affairent tout en s’échappant un peu sur leurs smartphones, les époques se rencontrent ici…

Fabriquer une pirogue

Un imposant tronc d’angélique est choisi en forêt pour sa taille et sa droiture. Plusieurs semaines sont des fois nécessaires pour le débiter. Le tronc est creusé sur tout son long, pour être dégrossi et constituer la coque de la pirogue. La technique d’élargissement au feu de la coque permet d’obtenir une pirogue large à partir d’un arbre de faible diamètre. L’ingéniosité de cette technique repose sur la plasticité du bois d’angélique. Pendant cette étape des pièces de bois de plus en plus longues sont délicatement placées entre les bords de la coque pour agrandir l’ouverture. Deux larges planches viennent rehausser les bords de la coque, l’étanchéité étant assurée par une plaque de fer à la jointure du tronc et des planches. Une pièce de proue et une pièce de poupe, généralement taillées dans un arbre voisin, sont ensuite fixées à l’avant et à l’arrière de la pirogue, afin que l’eau ne s’y engouffre pas lors du passage des sauts. Celles-ci deviennent également des éléments décoratifs et sont ornées par des peintures tembés.

L’art Tembé ou l’art du fleuve, représente des formes géométriques colorées qui s’entrelacent. Les motifs et couleurs ont une signification symbolique et transmettent des messages, de courage, de bonheur, d’un avenir heureux, de la protection, etc… Le Tembé n’est jamais le fait du hasard : c’est un travail sur soi, une initiation pour atteindre équilibre et harmonie. Il est représenté sur les objets du quotidien, la pirogue, la pagaie, le peigne, les portes et sous forme de peintures ornementales. Certains disent que toutes ces lignes qui se croisent, tournent, resurgissent soit par-dessus, soit par-dessous les unes des autres, sont comme le labyrinthe où se réfugiaient les fugitifs.

Filer ainsi au fil de l’eau, sentir les éclaboussures de l’eau du fleuve, se rapprocher des berges, observer cette végétation dense et cette vie qui se déroule sous nos yeux transporte encore. Un nouveau voyage dans le voyage… un quotidien loin de ce que l’on image.

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Le Maroni, une destination dans la destination… un jour j’y retournerai, plusieurs jours, jusqu’à Maripasoula ou plus loin encore… un doux rêve… voyager en Guyane, à Saint-Laurent, Mana, Cacao, …, c’est voyager dans le monde, à la rencontre de cultures, de traditions.  J’ai été touchée par ces rencontres, par cette gentillesse et cette générosité dans le partage… un jour en particulier…

Une rencontre bushinenguée

Ce jour-là, partie à la quête d’artistes pour comprendre un peu davantage l’art Tembé, je rencontre cette famille regroupée sous un carbet en train de nettoyer et laver les racines de manioc, pour la production du couac, la farine de manioc. La famille se réunit ainsi pendant plusieurs jours, chacun s’adonne à ses tâches en discutant, en rigolant, les enfants lavent les racines en chantant « vive le vent d’hiver » et en jouant un peu avec l’eau aussi… ma venue les distrait et très vite ils oublient les tubercules et préfèrent jouer à poser devant mon objectif, avant de me montrer où ils vivent. Les mamans sont fières de me faire visiter leur habitation, la cuisine, tout en m’expliquant le processus de fabrication de la farine, et de m’offrir un précieux paquet de leur production.

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Je ne pourrai malheureusement assister à la dernière étape, à laquelle j’ai été chaleureusement conviée. Ce moment de partage était si touchant… ces regards si vrais…

Le couac : 

La racine est lavée, épluchée et macère dans l’eau avant d’être râpée. La bouillie obtenue est introduite dans une couleuvre, une vannerie en forme de tube très allongé. La couleuvre est ensuite étirée pour presser la pâte et en extraire le jus toxique. La farine se concentre généralement dans le bas de la couleuvre. La pulpe est alors effritée et tamisée à l’aide d’un manaré tressé. Le couac est un ingrédient de base de la cuisine bushinenguée et amérindienne, elle est considérée comme une farine inaltérable, résistante aux insectes et à l’humidité.

La Guyane et tout ce que l’on en dit… ne le répétez pas trop fort, mais y aller c’est se laisser surprendre, c’est aimer, c’est être happée et avoir l’envie d’y retourner…

Pour encore plus d’image de la photographe Carla Bernhardt, c’est ici.

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