Avec son livre « Allo la tour ? Y’a un bœuf dans le cockpit », Simon Hayot reçoit le Prix Guynemer 2017

No Comment

©DR

Ancien pilote d’Air Martinique, fondateur d’Air Caraïbes, d’Air Calypso et du Groupe Cargo antillais, Simon Hayot a publié fin 2014 « Allo la tour ? Y’a un bœuf dans le cockpit » (Mareuil Editions). Véritable recueil d’anecdotes authentiques de la vie d’un pilote des années 70-80, l’œuvre vient de recevoir, lors du dernier salon du Bourget, le Prix Guynemer 2017, qui récompense « un ouvrage littéraire de langue française dont la lecture fait naître, dans l’esprit du public, un sentiment favorable à l’aviation civile ou militaire ».

« C’est un prix délivré par l’ensemble des pilotes civils de France et le gouvernement à quelqu’un qui écrit un livre qui donne envie aux jeunes de piloter des avions », explique Simon Hayot. « Guynemer, c’était un pilote de chasse de l’armée de l’air en 14-18, très connu et il a été choisi de donner ce nom à ce prix pour lui donner vraiment une connotation aéronautique ». S’il a reçu un vote unanime des pilotes de ligne, Simon Hayot peut même s’enorgueillir d’avoir touché les Généraux membres du Jury, « bien qu’ils me trouvaient marginal car on prenait énormément de risque à l’époque », reconnait-il. Pour lui, ce sont les « leçons de vie » qui jalonnent son livre qui ont permis une telle récompense.

Le récit d’une vie de pilote

Avec un titre aussi rocambolesque qu’incroyable, « Allo la tour ? Y’a un bœuf dans le cockpit » attise la curiosité. « C’est un livre qui raconte l’histoire d’une passion entre une personne et un avion. Entre moi et un avion. Je racontais toujours les anecdotes que j’avais vécues en tant que pilote et les gens trouvaient ça sympathique. Ils me disaient souvent d’écrire ce livre. Un jour je me suis mis à l’écrire, je trouvais ça amusant et j’ai décidé de l’écrire jusqu’au bout », raconte Simon Hayot. « Raconter les anecdotes d’une vie de pilote, c’est assez banal. Mais là ce sont des anecdotes d’un autre temps, qu’on ne peut plus réaliser aujourd’hui, les choses ont changé ».

Le DC3 : « L’avion qui a changé la face du monde »

« A cette époque-là, le principe de précaution n’était pas du tout d’actualité. Il n’y avait pas toutes les règles de sécurité qui entourent le monde aérien et on pouvait transporter des bœufs, des ânes, toutes sortes de choses qu’on ne peut plus transporter aujourd’hui, sauf moyennant des conditions rigoureuses, c’est-à-dire avec des cales bien adaptées, des animaux tranquillisés alors qu’à l’époque on fabriquait des cages en bois, on mettait les animaux dedans et on volait avec ». A bord de son DC3, Simon Hayot chargeait et déchargeait des cargaisons pour le compte de son entreprise à travers la Caraïbes.

Un DC3 ©DR

Un DC3 ©DR

Ce DC3, c’est lui-même qui l’a acheté : un appareil qui l’a accompagné dans ses trajets les plus invraisemblables. « C’est l’avion qui a changé la face du monde. Celui qui est le plus connu. Il a été à l’origine du débarquement en Normandie en 1944. C’est l’avion que les Alliés ont utilisé, l’avion qui remorquait des planeurs avec trente personnes à bord. S’il n’y avait pas eu cet avion, on aurait tous parlé allemand aujourd’hui », lance-t-il.

Aussi rocambolesque soient-elles, les anecdotes racontées par Simon Hayot dans son ouvrage sont donc toutes vraies. En exclusivité pour Outremers360, il en raconte une qui « faisait partie du livre mais je l’ai retirée car c’était trop lent » :

« Un jour, j’envoie un de mes pilotes chercher un cercueil à Saint-Martin. A l’époque dans les îles, il n’y avait pas de morgue, donc on allait chercher les corps pour les rapatrier. Le pilote arrive à Saint-Martin à bord d’un gros monomoteur Cesna 208 et on y charge le cercueil. Le type qui fait l’escale au sol lui dit : « écoute, je te mets la poste avec ! ». Ils mettent le cercueil au fond, et la poste sur le cercueil. Une montagne de sacs de poste sur le cercueil. Le pilote décolle, se dirige vers la Guadeloupe. A peu près sur Saint-Barthélemy, il rentre dans un nuage, l’avion bouge un peu et il entend « aïe aïe aïe ! »… Le pilote se retourne catastrophé, impossible d’avoir entendu ce qu’il a entendu. Il continue, rentre dans un nouveau nuage et entend une nouvelle fois une voix. Là, il est certain d’avoir entendu quelque chose. Il se retourne, s’éloigne du tableau de bord et s’approche de la cargaison en criant : « y’a quelqu’un ? ». Le pilote me dit : « quand j’ai entendu oui, j’ai failli sauter de l’avion ». Ce qui s’est passé, c’est que le type qui faisait l’escale au sol avait mis dans l’avion un passager clandestin qui du coup, n’était pas attaché. Le pilote pensait que c’était le mort qui se réveillait ».

©Mareuil Editions

©Mareuil Editions

« Dans le livre, ce ne sont que des histoires comme ça », confie Simon Hayot. « Il y a un patron de compagnie aérienne qui a lu mon bouquin et qui m’a envoyé un message : « tu as pourris mon week-end ». Je lui demande pourquoi ? Il me répond : « j’ai commencé à lire ta merde et je n’ai pas pu m’arrêter jusqu’au lundi matin » ». Simon Hayot le sait, son livre, on s’y accroche comme une ceinture de sécurité. Il le dit lui-même, sa lecture est facile, rapide mais drôle, en somme : légère comme l’air. Il place une bonne dose d’humour là où, beaucoup d’entre nous, nourrissons une peur bleue de l’avion. Surtout, « Allo la tour ? Y’a un bœuf dans le cockpit » permet de relativiser : oui, des choses se sont passées aussi rocambolesque dans l’air que sur terre mais qu’en quelques décennies, l’aviation a bien changé.

Survol de la rade de Pointe-à-Pitre ©Mareuil Editions

Survol de la rade de Pointe-à-Pitre ©Mareuil Editions

Lire aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publié. Les champs obligatoires sont précisés (obligatoire)

Pas de commentaires pour le moment