Plan de relance : Les Outre-mer peuvent « mobiliser des montants plus importants » avec la Caisse des Dépôts, assure Hervé Tonnaire

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Alors que l’État mobilise, dans le cadre de son plan France Relance, 1,5 milliard d’euros pour les Outre-mer, la Caisse des Dépôts annonce de son côté la mobilisation de 26 milliards d’euros. Ces financements lui permettront de soutenir des projets locaux répondant aux axes d’interventions prioritaires de relance qu’elle souhaite engager dans le contexte économique actuel.

Dans une interview exclusive, Hervé Tonnaire, Directeur des Outre-mer et Directeur régional Pacifique de la Banque des Territoires, nous explique quels sont ces axes d’intervention, les articulations avec la Banque publique d’Investissement et cite quelques exemples de projets structurants et résilients pour les territoires ultramarins.

Outremers360 : L’État évoque une enveloppe de 1,5 milliard d’euros pour les Outre-mer dans le cadre du plan de relance et la Caisse des Dépôts annonce de son côté 26 milliards d’euros… L’intervention de la Caisse des Dépôts est-elle comprise dans ces 26 milliards d’euros ?

Hervé Tonnaire : L’État a fait une communication pour une intervention budgétaire au titre des moyens du budget général et des interventions qui sont mobilisées par le Ministère des Outre-mer d’1,5 milliard d’euros. Parallèlement, la Caisse des Dépôts a annoncé la mobilisation, dans le cadre du plan de relance, de 26 milliards d’euros. Naturellement, la question que tout le monde peut se poser, notamment les Ultramarins, c’est quels sont les vrais chiffres mobilisés pour les Outre-mer ?

Ce que je souhaitais indiquer, du côté de l’intervention spécifique de la Caisse des Dépôts et notamment de la Banque des Territoires (BDT) -, celle-ci étant l’entité qui porte les actions d’intérêt général de développement sur chacun des territoires, régions, collectivités, départements- c’est que dans notre mode d’intervention, il n’y a pas d’enveloppes territorialisées « préfixées ». On accompagne des projets locaux, qui nous sont présentés par des acteurs des territoires en fonction du fait qu’ils s’inscrivent dans nos axes d’intervention et qu’ils aient une pertinence économique et de développement territorial.

Très concrètement, cela veut dire qu’en sus des 1,5 milliard d’euros de l’État, il y a une intervention complémentaire des grands opérateurs publics tels que la Banque des Territoires ou la BPI. C’est donc pour les Outre-mer, plus d’argent que ces 1,5 milliard d’euros. La filiale de la BDT, CDC Habitat va ainsi mobiliser près d’1,4 milliard d’euros en Outre-mer dans le cadre du programme national de VEFA, portant sur l’acquisition de programmes de logements qui ont été fragilisés pendant la crise sanitaire. Rien qu’avec ce programme, nous sommes quasiment à la hauteur des crédits budgétaires déjà mobilisés par l’État. Sans compter les financements habituels de la BDT qui sont autour du Md€ sur les Outre-mer et sans compter aussi les financements très importants mobilisés depuis la crise par la BPI

Si les projets sont présents et bons, les Outre-mer pourraient donc mobiliser des montants importants en plus des 1,5 milliard déjà mobilisé par l’État et qui est déjà une très belle somme.

Quelles sont les axes et outils d’interventions de la Banque des Territoires dans le cadre du plan de relance ?

Nous avons cinq axes principaux d’intervention. Le premier axe d’intervention, c’est l’habitat. C’est un enjeu majeur car on a, à la fois, des territoires qui connaissent des augmentations démographiques comme la Guyane et Mayotte ; des territoires qui ont des transitions démographiques différentes par exemple aux Antilles où il faut accompagner le vieillissement de la population ; ou encore des territoires où il faut améliorer la qualité de l’habitat social. C’est un rôle important et au cœur du métier de la Caisse des Dépôts : il y aura comme je l’indiquais une intervention de CDC Habitat avec donc 1,4 milliard d’euros mobilisé, et naturellement nous mobiliserons nos prêts en faveur de l’habitat, en sachant que chaque année, ceux-ci s’élèvent sur ce seul secteur t à environ 800 millions d’euros.

Le deuxième axe d’intervention, également important, est tout ce qui est lié à la transition énergétique et aux énergies renouvelables, aux économies verte et bleue et aussi aux nouveaux modes de mobilité et de déplacement. Par exemple, nous regardons de près, en Polynésie, un projet de voilier hybride pour des liaisons interinsulaires. L’accompagnement de la transition énergétique et écologique est un axe majeur, structurel pour les Outre-mer. Il faut faire de la crise une opportunité pour bâtir cette économie verte que tout le monde veut mais qui nécessite des moyens financiers lourds et une typologie d’actions adaptées à chaque territoire. L’enjeu de la Polynésie n’est pas celui de la Guyane, les défis de Mayotte sont différents de ceux de Saint-Martin.

Il y a ensuite un volet commerce et centralité tout aussi important dans lequel on relaie des programmes nationaux en Outre-mer. Ces programmes sont primordiaux car les villes ultramarines ont besoin de repenser leur centralité. On intervient par exemple à travers le programme Action Cœur de Ville plutôt pour les DROM, et pour les Collectivités du Pacifique, nous essayons de faire une action « cousue main » avec ainsi un projet de rénovation et de restructuration urbaine à Nouméa. Dans ce cadre-là, on devrait expérimenter la mise en place de « structures d’actifs de type foncières » : des sociétés avec des porteurs comme nous, qui devraient acquérir notamment du commerce de centre-ville pour permettre une rénovation avec une relocation permettant d’offrir des propositions de loyers raisonnables.

L’autre sujet majeur et on le voit actuellement avec l’annonce d’une seconde vague épidémique : c’est le tourisme. Les Outre-mer sont victimes de ce que j’appelle le syndrome de la double peine : la fermeture des frontières, la mise en place de mesures sanitaires très strictes et la perspective d’un rebond ou d’une seconde vague n’ont pas permis comme en France métropolitaine un début de reprise.

Les acteurs du tourisme sur toute la chaine -compagnies aériennes, centrales de réservations, hôteliers, exploitant d’activités touristiques- sont fragilisés et nous sommes prêts, en articulation étroite avec le monde économique, les consulaires, les collectivités et en articulation avec nos collègues de la BPI à travailler à préserver mais aussi permettre une amélioration de l’offre touristique. Le tourisme est un enjeu majeur qui sur certains territoires comme la Polynésie peut représenter 27 % de l’emploi marchand.

Hervé Tonnaire, Directeur général des Outre-mer et Directeur régional Pacifique à la Caisse des Dépôts ©DR

Hervé Tonnaire, Directeur général des Outre-mer et Directeur régional Pacifique à la Caisse des Dépôts ©DR

Un cinquième axe est le domaine du sanitaire et du médicosocial où là aussi, la crise a révélé son importance. Il y a des besoins tant d’accompagnements des acteurs et structures publiques comme les hôpitaux en mobilisant les prêts sur fonds d’épargne mais aussi en accompagnant des projets privés répondant à une amélioration de l’offre sanitaire. Cela peut être ainsi un portage en capital de l’immobilier de cliniques ou de structures d’hébergement de personnes fragiles, l’appui à des projets innovants tel que celui que nous regardons qu’en Polynésie, de déploiement de conteneurs médicalisés, de télémédecine.

Enfin en grand axe transversal, il y a la volonté d’apporter un appui au développement et usages du numérique, tant pour le tourisme que pour la télémédecine, ou encore des implantations de structures numériques comme sur Saint-Martin avec le projet « Tintamarre » prévoyant l’extension de la couverture du Très haut débit ou comme nous le faisons à Mayotte la réalisation d’un DATA center.

Quelle sont les articulations avec la Banque Publique d’Investissement (BPI) ?

C’est un enjeu très fort. Au sein du groupe Caisse des Dépôts, il y a deux entités qui vont intervenir : la Banque publique d’Investissement, qui est très proche des entreprises, connait leurs cycles de financements, et la Banque des Territoires qui va plutôt intervenir en portage de murs et de structures en intervention capitalistique. De la même façon, sur les sujets de l’immobilier, et dans les autres modes d’intervention sur tout ce qui touche à la transition énergétique : il y aura une articulation entre les deux structures. C’est-à-dire que chacune a ses métiers et ses compétences, les équipes se parlent et peuvent intervenir de manière conjointe et complémentaires sur des dossiers avec un échange d’informations permanent.

Pour les Outre-mer, c’est une chance d’avoir ces deux organismes en capacité d’intervention parce que, très souvent le mode d’action normal des entreprises est de s’adresser plutôt à la BPI, interlocuteur naturel, pour la rapidité et la fluidité, mais sur des sujets plus complexes de développement territorial, il peut y avoir   aussi l’opportunité d’un appui de la Banque des Territoires. Cela représente donc des financements complémentaires portés soit par la BPI, soit par la Banque des Territoires. Sur certains dossiers, il pourra y avoir aussi une conjonction des deux interventions.

Vous avez cité les axes d’intervention, pouvez-vous nous livrer quelques dossiers illustratifs ?

Si on prend le tourisme, on constate notamment que sur les Antilles que l’offre touristique a besoin d’être modernisée et plusieurs acteurs se sont rapprochés pour qu’on vienne en appui de projet. Nous regardons donc actuellement la constitution d’une foncière touristique couvrant plusieurs projets sur cette zone ainsi de la même façon sur La Réunion ou plusieurs dossiers sont expertisés. En Nouvelle-Calédonie, nous étudions un dossier de restructuration d’hôtel en Province sud  et en Polynésie, nous sommes attentifs au regard du poids de l’activité touristique dans l’économie à regarder les dossiers qui pourraient nous remonter avec l’idée par exemple  d’accompagner en portage de murs une structure locale,  aux côtés d’investisseurs locaux et de banques locales , soit sur des restructurations à conduire soit pour de futurs projets touristique que le gouvernement de la Collectivité espère voir se réaliser .

En matière de commerce de centre-ville, nous avons plusieurs actions emblématiques. Par exemple en Guyane, avec la ville de Saint-Laurent du Maroni, où nous travaillons sur le portage d’une foncière. Nous menons également ces réflexions avec la ville de Saint-Joseph à La Réunion, ou encore sur la Martinique. Et en Nouvelle-Calédonie, sur Nouméa, nous regardons de près le projet « Carré-Roland », là aussi un projet de centralité avec du commerce, des bureaux, de l’habitat. Ces dossiers ont souvent le même enjeu, ils visent des opérations en logement, qu’il soit social, intermédiaire ou libre, et du commerce, surtout veulent redonner une attractivité aux centres-villes.

Sur le dossier du numérique, nous sommes intervenus sur le projet de Data Center à Mayotte. Sur le sanitaire, nous avons un projet d’EPHAD en Nouvelle-Calédonie et puis ce projet de mise en place de conteneurs médicalisés pour les îles de la Polynésie. Un sujet à la fois très intéressant et pertinent mais aussi complexe. Sur les énergies renouvelables, nous venons en appui sur des projets de panneaux photovoltaïques, de biomasse, de biogaz, sur tous les territoires … Beaucoup de projets sont encore en cours de discussion mais j’escompte bien, en cette période d’enjeu de relance de la machine économique, qu’on arrive à en sortir un nombre important.

Notre volonté est vraiment d’intervenir auprès des acteurs publics, de mobiliser les capacités d’investissement, les ressources locales, les banques locales, pour pouvoir sortir des projets dans cette période où l’on peut observer une forme d’attentisme, alors qu’il faut penser au futur, à la résilience, et investir.

Comment font les acteurs locaux, les porteurs de projets, peuvent vous contacter ?

Nous avons une implantation territoriale et des directions régionales sur l’ensemble des Outre-mer sauf en Polynésie, nous y travaillons et pour l’heure, sur les dossiers polynésiens, les porteurs de projets peuvent nous contacter en se rapprochant de moi-même ou de notre agence calédonienne. L’enjeu est de se rapprocher de ces directions régionales ou par courriel, et nous nous engageons de revenir rapidement auprès des porteurs de projets.

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